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Revenir plutôt que possible à l’ordre constitutionnel

Revenir plutôt que possible à l’ordre constitutionnel

22 juin 2023 817 vues

Le Conseil National de Transition a adopté une loi dite spéciale pouvant permettre à la Commission Nationale de Référendum électoral Constitutionnel (CONOREC). Cette loi entérinée par les conseiller nationaux continue à susciter des interrogations. Pour éclairer la lanterne de ses lecteurs, le journal Sud Media24.com vous propose cet entretien réalisé avec le conseil national AbaÏfouta Clément.

Revenir plutôt que possible à l’ordre constitutionnel

Sud Media24.com: Le Conseil National de Transition (CNT) a adopté il y a un mois, une loi spéciale pour l’organisation des élections à venir. Quel est en substance le contenu de cette loi ?

Conseiller Abaïfouta Clément : Vous savez que nous sommes dans une période de transition. Et une transition est une exception. Notre transition est moulée dans une période bien précise et le Gouvernement a l’obligation de tenir le calendrier. Etant donné qu’il y a bien d’autres choses à faire en cette période d'exception, l’équipe de transition fait la course à la pendule. Oui le CNT a adopté une loi spéciale sur l’élection référendaire en cours proposée par le gouvernement. Vous savez, au regard du DNIS, il fallait revenir le plutôt que possible à l’ordre constitutionnel. Tout ce qui se passe dans une telle période n’est pas normatif et il faut vaille que vaille arriver au cours normal des choses. En effet, nous avons adopté cette loi bien sûr avec beaucoup d’étincelle mais la finalité, c’est sauver la transition.

SM24 : Pourquoi une loi spéciale en lieu et place d’un code électoral selon vous ?

AC : Le temps, les 24 mois qui ont été dédiés à la transition ne peuvent pas à organiser un recensement. En temps normal, la logique le voudrait ainsi à mon avis. Ce qui serait fait, c’est la liste électorale qui va être retouchée. Autre chose, faire un recensement mobilise beaucoup d’énergies et de moyens financiers et matériels. Il y a aussi la question du kit électoral qui est un véritable problème. Lors des débats sur cette loi, il se trouve que le kit a été écorché dû à la maintenance. Ce qui est bien dommage, les citoyens tchadiens ne se préoccupe pas des biens de l’Etat. On aurait dû mettre sous de bonnes mains ces appareils après les élections d’avril 2021. Cela aurait dû nous servir en ce moment précis. C’est lamentable l’état actuel de ce kit. Il va falloir revisiter l’ensemble de ces matériels et voir ce qu’il faut garder ou remplacer tout le système. Ces aspects nous ont mis dans un conditionnement spécifique, et l’urgence de sauver la transition ne pourrait que s’imposer.Si nous étions en temps normal, nous aurions dû aller directement aux élections sans nous attarder sur cette question. En réalité, la commission nationale des referendum constitutionnel (CONOREC) est entrain de faire le travail sur le terrain. Un recensement spécifique sera fait pour les Tchadiens qui viennent d’avoir l’âge de la majorité. Cette opération va se dérouler surplace et il leur sera délivré des cartes biométriques. Ce qui éviterait de rappeler tout le monde au recensement et tirer à la longueur les choses. Nous sommes en saison des pluies et le déplacement dans le Tchad profond poserait énormément de problème. Alors le bouché es mis à double pour ne pas rater le coach.

SM24 : Les Autorités de la Transition s’apprêtent à présenter un seul projet de constitution au referendum sur la forme de l’Etat. Certaines voix estiment que c’est une manœuvre du gouvernement savamment orchestrée. Que diriez-vous ? AC : La forme de l’Etat pose énormément de problème. C’est une question qui s’est posée avec acuité pendant le dialogue. L’énigme allait faire échouer ou voler à l’éclat le DNIS. En tant que représentant du peuple, je pense que c’est un danger pour nous de mettre en branle tout ce qui a été décidé au DNIS. J’estime quand même que nous sommes dans un pays qui se dit démocratique. L’idéal, c’est de falloir laisser les gens s’exprimer ou choisir la forme de l’Etat qui les sied. A l’heure où je vous parle, le projet de la constitution sur la forme de l’Etat est sur la table du Conseil National de Transition (CNT). Le débat va certainement etre fort. Je n’ai pas fini de parcourir la lecture mais ceux qui l’ont dejà fait se posent la question si le gouvernement n’aurait pas fait son choix. Dans un tel cas de figure, les gens se sentiraient marginalisés. A mon avis, on devrait respecter le peuple, et aller avec ce que le DNIS a suggéré. Même si on doit aller avec un seul projet de la constitution, on devrait insérer la partie selon laquelle, une frange de la population dit qu’elle veut aller à la fédération. Pourquoi on veut aller à la fédération ? c’est parce que les gens sont arrivés à une impasse de vivre ensemble et à dire : essayons la fédération. L’Etat unitaire décentralisé a fait ses preuves. Il faut donner la latitude aux gens de se prononcer sur la forme de l’Etat. Nous à notre niveau nous ne pouvons dire que les gens optent pour la fédération ou pour l’Etat décentralisé.

SM24: Revenons à la Transition. Le DNIS donne un délai de 24 mois pour clore avec le chapitre de transition et revenir à l’ordre constitutionnel, croyez-vous à cela ?

 AC : Le Tchad a trop souffert et faisons-en sorte que la transition finisse dans un climat apaisé. Les tchadiens ont beaucoup d’attentes. Si tout par bâton magique se serait fini en 24 mois comme convenu, ce serait un bien précieux pour tout le monde. Mais dans le cas contraire, nous pouvons toujours trouver des passerelles et parvenir à optimiser les choses.

M24: Les magistrats sont en grève, ils boudent la composition du Conseil supérieur de la magistrature au regard du projet de loi constitutionnelle associant les enseignants du supérieur et des membres de la cour de compte. Comment réalisez-vous ce sursaut magistral ?AC : Depuis la nuit des temps aucun tchadien n’a confiance à la justice. Bien évidemment, tous les magistrats ne sont pas mauvais, médiocres ou avides d’argent. D’autres sont dignes et se distinguent en faisant du bon boulot. Malheureusement ce corps de métier est infiltré par des gens qui ne sont même pas passé à l’école du droit. Il se retrouvent par quelle alchimie dans les arènes de la justice. Je me demande de tels magistrats pourront conduire comment des dossiers à la condamnation des gens. Je crois qu’il faut corriger ces choses, afin que notre justice retrouve ses lettres de noblesse. Dans un pays si la justice est malade, ce serait de l’anarchisme en proie à tous les dangers.

M24 : Autre chose à présent. Le Président de la Transition vient d’achever sa tournée au sud du pays qualifiée par certains de pré-campagne électorale. Une zone, théâtre des tueries de masse, estimez-vous ce déplacement d’Etat, plus que nécessaire ?AC : J’aurais aimé que la tournée du Président de la transition vienne à temps. Mais peut-être son calendrier ne l’a pas permis. Mais il va falloir le dire, vaut mieux tard que jamais. C’est apocalyptique les évènements dans la zone méridionale mais il faut reconnaitre que même à l’Est du pays c’était pareil (Abéché et Mangalmé). C’est bien dommage que cela puisse arriver. Nous sommes tous des tchadiens, et nous sommes condamnés à vivre ensemble ; personne n’est au-dessus de l’autre. Ceux qui commettent des massacres doivent évidemment être traduits en justice et répondre de leurs actes. Cependant, lorsqu’on couvre c’est dangereux. Je voudrais dire que les généraux et les colonels nous foutent dans la merde dans ce pays. Ils sont à l’origine de tout. Lorsque le ministre de la défense était interpelé devant le CNT, nous l’avons dit ce n’est pas normal que le seul général soit tout (éleveur, commerçant, gendarme, douanier, policier, sous-préfet, préfet et gouverneur). C’est une aberration qu’il faut décrier. Ils doivent se comporter d’une manière vraiment digne. Je crois que la tourné du président de transition vaut ce qu’elle a valu. Ce qui est important, cette tournée a aidé à délier les langues. Il s’est rendu à l’évidence de l’effectivité et de la gravité de ce qui se passe dans les Tchad profond. Nous avons appris que la cour criminelle est en train de siéger à Moissala et à Koumra. C’est ce qu’il fait pour atténuer les tendances colériques de ces tueries.

ITW réalisé par Moyalbaye Nadjasna

 

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